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Au poste de secours
Un témoin, dont malheureusement nous n'avons pas retenu le nom, nous conduit au poste de secours d'Esnes, au pied de la cote 304 et du Mort-Homme : " Au poste de secours d'Esnes. - De grandes plaques rouges marquent les places où les brancards ont été posés avant d'être descendus dans les caves. Le long des murs, les brancards montés sont en permanence, prêts à servir. Les toiles sont noires de sang coagulé et les hommes qui rôdent dans la cour, affamés, les yeux fous, la barbe longue, ont un air accablé de condamnés à mort. A gauche, sous le hangar, c'est pis encore. Des blessés sont morts en route ou pendant qu'on faisait leur pansement. Alors, on les a mis de côté pour passer aux survivants... Et ils sont là, dans cette sorte de grange, pêle-mêle, éventrés, déchiquetés, horribles, dans des faces au rictus effrayant, dans des positions étranges et raidies, des gestes figés de colère ou de douleur, des expressions de désespoir qui font mal. Voici une toile de tente qui contient les restes d'un capitaine. Il y a là trois côtes et la moitié de la figure, le tout enveloppé dans une capote. Un paquet semblable est à côté, ficelé avec une étiquette dessus. L'entassement de ces morts, terreux, sanglants, horrifiés, donne le cauchemar. Pour comble, pendant les nuits, les rats viennent leur ronger la face et leur manger les yeux, et ce sont alors des figures squelettiques qui vous regardent avec leurs orbites vides. Jamais je n'ai rien vu de si atroce. Les enterrer ?... Ils sont trop, on n'a pas le temps, et puis, c'est trop dangereux, et il faut vivre au milieu d'eux, manger auprès d'eux, dormir auprès d'eux. "
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