L'enfer des tranchées (suite)

Au poste de secours

Un témoin, dont malheureusement nous n'avons pas retenu le nom, nous conduit au poste de secours d'Esnes, au pied de la cote 304 et du Mort-Homme :

" Au poste de secours d'Esnes.
- De grandes plaques rouges marquent les places où les brancards ont été posés avant d'être descendus dans les caves. Le long des murs, les brancards montés sont en permanence, prêts à servir. Les toiles sont noires de sang coagulé et les hommes qui rôdent dans la cour, affamés, les yeux fous, la barbe longue, ont un air accablé de condamnés à mort. A gauche, sous le hangar, c'est pis encore. Des blessés sont morts en route ou pendant qu'on faisait leur pansement. Alors, on les a mis de côté pour passer aux survivants... Et ils sont là, dans cette sorte de grange, pêle-mêle, éventrés, déchiquetés, horribles, dans des faces au rictus effrayant, dans des positions étranges et raidies, des gestes figés de colère ou de douleur, des expressions de désespoir qui font mal. Voici une toile de tente qui contient les restes d'un capitaine. Il y a là trois côtes et la moitié de la figure, le tout enveloppé dans une capote. Un paquet semblable est à côté, ficelé avec une étiquette dessus. L'entassement de ces morts, terreux, sanglants, horrifiés, donne le cauchemar. Pour comble, pendant les nuits, les rats viennent leur ronger la face et leur manger les yeux, et ce sont alors des figures squelettiques qui vous regardent avec leurs orbites vides.
Jamais je n'ai rien vu de si atroce. Les enterrer ?... Ils sont trop, on n'a pas le temps, et puis, c'est trop dangereux, et il faut vivre au milieu d'eux, manger auprès d'eux, dormir auprès d'eux. "

En 1915 à Cornay (Ardennes) des soldats allemands offrent à boire à des prisonniers français. Hors des combats, la fraternité.

Septembre 1916 à bois la Ville-Fleury (Aisne). Le sergent Mauret descendant du front.

De l'aide-major Laby, du 294e RI, dans un petit poste de secours situé à proximité du fort de Souville :
« Notre poste de secours regorge de blessés. Nous faisons des pansements sans discontinuer et nous disons par signes ce que nous avons à dire : impossible de placer un mot ; on ne peut même pas s'entendre. ( ...) Je soigne ceux qui sont étendus sur leur brancard, devant le poste de secours devenu beaucoup trop petit pour les recevoir tous. Un malheureux de qui j'essaie de garrotter la fémorale est blessé d'un éclat profond dans la poitrine pendant que je le panse. Un tout jeune caporal m'arrive, tout seul, avec les deux mains arrachées au ras des poignets. Il regarde ses deux moignons rouges et horribles avec des yeux exorbités. Je tâche de trouver un mot qui le console et lui crie : « Que fais-tu dans le civil ? » j'ai alors la réponse navrante qui me serre le coeur et m'empêche de rien ajouter : «Sculpteur », dit-il !
Un mitrailleur a le ventre ouvert ; il accourt ici avec ses pauvres mains crispées sur ses intestins qui s'échappent. L'autre m'arrive, la tête bandée de son pansement individuel, soutenu par un camarade. Je le fais asseoir devant moi, sur la petite caisse, mais il a l'air quasi endormi et ne s'aide pas du tout, laissant sa tête brimbaler de droite et de gauche. Je suis pressé et, sentant les autres qui attendent, je lui demande de se mieux prêter au pansement. Mais lui ne cesse de répéter inlassablement : « Oh! laissez-moi dormir, laissez-moi dormir »... J'enlève la bande qui lui entoure la tête et alors, la chose horrible m'apparaît : toute la moitié de son cerveau, son hémisphère droit tout entier glisse en dehors de son crâne béant et j'éprouve cette sensation terrible de recevoir dans ma main gauche toute la matière cérébrale de ce malheureux qui, la boite crânienne défoncée et vidée en partie de son contenu, continue de me répéter son leitmotiv : « Laissez-moi dormir ». Alors je lui dis : «Oui, mon vieux, va, on va te laisser dormir ». Et je vide ma main de son contenu que je remets à sa place, maintenant le tout avec des compresses et une bande... avec quelles précautions et quelle angoisse!... « Va dormir, va, mon vieux ». Soutenu sous chaque bras, ce mort vivant fait quelques pas, s'étend dans un coin. Une piqûre de morphine, une couverture et le sommeil, pour toujours.

Après trois ans de guerre, de bains de sang inutiles, la grogne monte et s'exprime dans les mutineries du printemps 1917.

Poilu harassé dans un univers de boue. Offensive de la Somme en 1916

Loin du front, le général Renault et son état-major testent de nouveaux masques à gaz en 1918.

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Jeune porteur de thé, faisant partie des dizaines de milliers de travailleurs annamites réquisitionnés en Indochine pour assurer la logistique sur le front occidental.